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Une jambe plus courte, comment ça marche?

C’est bien documenté, la plupart des personnes possèdent une jambe plus courte que l’autre. Même si le phénomène est connu depuis très longtemps par la communauté médicale et scientifique, la prise en charge de cette problématique demeure trop souvent nébuleuse.

Podiatre, chiropraticien, physiothérapeute, ostéopathe, thérapeute physique, massothérapeute sont souvent les premiers professionnels à détecter cette inégalité. Dans la majorité des cas, la plainte principale du patient n’est pas l’inégalité même, mais une condition pouvant y être associée.

Une connaissance approfondie de la biomécanique ainsi que des impacts physiques d’une jambe courte est nécessaire pour bien encadrer les patients aux prises avec une problématique de jambe plus courte. Une bonne collaboration interprofessionnelle est aussi primordiale.

Jambe Courte

[Cet article a été écrit en collaboration avec le Dr Hugo Bilodeau, chiropraticien qualifié ayant développé une expertise dans la correction posturale et titulaire de plusieurs formations extracurriculaires en plus d’être certifié par le Titleist Performance Institute.]

Nous explorerons ensemble la marche à suivre pour la prise en charge d’un patient ayant une jambe plus courte que l’autre.

Jambe courte

Il est donc essentiel d’étudier chaque cas d’inégalité du membre inférieur de façon singulière puisque ce n’est pas tout le monde avec une jambe courte qui verra sa biomécanique affectée. L’important est de voir si la jambe courte affecte négativement la posture du sacrum, de la colonne lombaire et du thorax. Si oui, le réel travail d’analyse commence!

Cette analyse doit aussi prendre en compte plusieurs aspects cruciaux :

  • Le patient : les habitudes de vie, le travail, les sports,
  • Les objectifs : courir un marathon? Perdre du poids? Diminuer la douleur?
  • Condition : chronique ou aiguë?
  • Autre diagnostic : plusieurs facteurs biomécaniques et pathologiques peuvent contribuer.
  • Attente : le processus de correction est lent et progressif.

La jambe courte et ses impacts sur votre santé physique

Premièrement, mettons les choses en perspective ; ce n’est pas tout le monde qui développera des symptômes physiques en lien avec une différence de longueur de jambes. En réalité, 90% de la population présente une jambe d’environ 5mm plus courte que l’autre sans pour autant créer de symptômes chez toutes ces personnes.

De manière générale, il existe trois classes d’inégalités :

  • Inégalité structurelle : Différence provoquée par une inégalité osseuse.
  • Inégalité fonctionnelle : Asymétrie d’une seule jambe non-causée par une inégalité osseuse.
  • Inégalité dynamique : Différence de pression plantaire des deux pieds lors d’activité dynamique.

Destination sacrum !

Le sacrum (voir image) constitue la base de votre colonne vertébrale. Il est situé entre les deux os iliaques, sous la 5e vertèbre lombaire. Pour les gens qui se présentent avec des maux de dos, des douleurs aux hanches, aux genoux ou aux chevilles, il est important de voir si la charge du corps est répartie équitablement sur les deux jambes. Pour cela, la position du sacrum fait foi de tout.

En effet, une obliquité sacrale ou obliquité pelvienne (inclinaison du sacrum vers la gauche ou vers la droite) aura souvent tendance à modifier la posture globale du thorax du côté où le sacrum est incliné. Par exemple, si le sacrum est plus bas sur la droite que sur la gauche (voir image de couverture), le thorax sera déplacé latéralement vers la droite dans la majorité des cas. Un peu comme si la base d’une poutre penchait d’un côté vers la droite; cette dernière suivrait inévitablement la base et pencherait également vers la droite ! Voici donc le premier point à retenir : Une jambe courte qui entraîne une obliquité du sacrum et une altération de la posture est plus susceptible de créer des douleurs.

Symptômes à surveiller

Dans les cas de défauts posturaux qui surviennent en raison d’une jambe plus courte, les signes et symptômes courants à surveiller sont les suivants :

  • Translation marquée de la cage thoracique vers la gauche ou la droite lorsque vous vous regardez dans le miroir;
  • Douleur d’un seul côté (bas du dos, hanche, genou, cheville ou pied) en raison d’une mise en charge inégale du poids du corps;
  • Présence d’une épaule plus basse que l’autre;
  • Une démarche asymétrique.

Si l’un ou l’autre de ces symptômes est remarqué chez nos patients qui présentent une obliquité du sacrum, il faut alors se pencher à résoudre cette problématique. À cette fin, une évaluation radiologique précise est de mise pour connaître l’amplitude de l’élévation que nous devrons insérer dans l’orthèse ou dans le soulier du patient. Le deuxième point à retenir est donc celui-ci : Une jambe courte qui entraîne des symptômes doit être prise en charge conjointement dans une approche multidisciplinaire.

Squelette
Jambe courte

Prise en charge corrective

Une fois l’évaluation radiologique effectuée (grâce à une radiographie spécialisée pour évaluer l’obliquité du sacrum), le chiropraticien et le podiatre travailleront ensemble pour ajouter une élévation de façon à ramener l’alignement du sacrum le plus neutre possible, c’est-à-dire en diminuant l’inclinaison de ce dernier. Une thérapie par élévation requiert un suivi rigoureux pour réévaluer et ajuster la quantité de correction nécessaire, soit en augmentant ou diminuant l’élévation.

L’exercice fonctionnel fait aussi partie du plan de traitement. Une asymétrie présente depuis plusieurs années peut avoir engendré une certaine rétraction musculaire unilatérale. Le renforcement des muscles abdominaux, ainsi que des stabilisateurs, est souvent nécessaire. Le degré de compensation est variable, la réaction et l’adaptation des tissus étant propres à chacun.

La collaboration interprofessionnelle est capitale dans un tel cas, puisque le podiatre connaît pertinemment les effets d’une élévation sur la biomécanique du pied. Pour sa part, le chiropraticien pourra réévaluer les effets posturaux de l’élévation grâce aux évaluations radiologiques et à l’examen postural, qui seront réalisés en clinique à la suite de la prise en charge podiatrique.

Cette prise en charge permet au corps du patient de s’adapter graduellement favorisant ainsi un bénéfice thérapeutique optimal en fonction du diagnostic primaire.

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antonin

Dr. Antonin Bérubé, votre podiatre
Diplômé du programme de doctorat en médecine podiatrique (DPM) de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Il est professionnel de pathologies du pied et la de cheville. Sa passion pour la biomécanique et les douleurs musculo-squelettiques l’amène à traiter chaque patient comme un athlète, de façon à le remettre sur pied le plus rapidement possible et à prévenir de futures blessures.